L’Europe et le scandale de la gestion des amalgame
L’Europe et le scandale de la gestion des amalgames dentaires
- La stratégie européenne de réduction de l’utilisation du mercure
Dans le but de réduire drastiquement l’exposition au mercure des européens et de limiter les rejets dans l’environnement de ce métal hautement toxique pour l’Homme, l’Union Européenne a, et il faut s’en féliciter, mis en place une stratégie[1] de réduction de l’offre et de la demande en mercure. Ainsi, elle a décidé de bannir rapidement le mercure de ses principales utilisations (instruments de mesure, filière chlore-alcali, piles, etc.) et d’en interdire l’exportation et l’importation.
- Le mercure dentaire traité à part : pourquoi cette discrimination incompréhensible ?
Le mercure dentaire, représentant 50 % du poids d’un amalgame, a eu droit à un traitement particulier. En effet ce sont le SCENIHR[2] et le SCHER[3] qui ont été missionnés par la Commission européenne pour décider de l’avenir de ce matériau d’obturation dentaire, en prenant en compte respectivement les risques pour la santé et l’environnement. Ces comités devaient rendre leur décision fin décembre 2007, après avoir analysé la littérature scientifique internationale sur le sujet ainsi que les contributions européennes de plusieurs scientifiques reconnus ainsi que de membres d’associations, dont l’apport nous paraît essentiel.
- Nombreux scientifiques et membres d‘associations se mobilisent pour obtenir rapidement l’interdiction des amalgames dentaires
L’association luxembourgeoise AKUT, l’IAOMT[4]
et des scientifiques spécialistes des risques sanitaires liés
au mercure ont lancé solennellement le 10 novembre 2007 l’appel[5]
du Luxembourg pour l’interdiction des amalgames dentaires, en
présence du Ministre luxembourgeois de la Santé, et ceci afin
d’interpeller
- L’amalgame dentaire déclaré sans danger de façon péremptoire par le SCENIHR !
Les pré-rapports du SCENIHR et du SCHER (rédigés comme par hasard uniquement en anglais, ce qui est contraire à la règle du multilinguisme) ont été rendus publics mi-janvier 2008. Celui du SCENIHR[6], qui s’est de plus intéressé aux éventuels risques sanitaires posés par les matériaux alternatifs aux "plombages" (par exemple les composites), conclut, "sans états d’âme désintéressés", à l’innocuité des amalgames dentaires, reconnaissant magnanimes de rares réactions locales : « […] L’amalgame dentaire est un matériau d’obturation efficace et peut être considéré comme un matériau de choix pour nombre de restaurations […]. La conclusion est qu’il n’existe pas de risques d’effets systémiques néfastes. »
- Une "expertise" que nous considérons sujette à caution
Le pré-rapport du SCENIHR a été cosigné par 4 experts "maison" (comités SCENIHR et SCHER) et par 4 représentants européens de la profession dentaire. Aucun épidémiologiste ou toxicologue, ni toxicochimiste indépendants, spécialisés dans l’évaluation des conséquences des expositions aux métaux traces toxiques tels que le mercure, ne figure parmi les membres du groupe de travail, ce qui est contraire à toute expertise indépendante. La bibliographie a été très sélective : les études contraires à la thèse des experts "officiels" ont été ignorées, tandis que celles publiées dans des journaux dentaires bien pensants représentent quasiment la moitié des articles qu’ils ont sélectionnés (soit 90 sur 199). Cette expertise n’est à l’évidence pas contradictoire : ainsi les contributions des scientifiques européens qui argumentent sur la réelle toxicité du mercure n’ont pas été prises en compte, ce qui n’est pas surprenant ! Cette parodie d’expertise ne correspond pas à l’état des connaissances, qui progressent rapidement grâce aux avancées récentes de la chimie et de la biologie moléculaire.
- Il faut arrêter l’utilisation du mercure dentaire, conclut une expertise indépendante
Des experts officiels européens indépendants et à la compétence mondialement reconnue dans ce domaine ont déjà mené une expertise[7] sur les risques liés au mercure des amalgames dentaires et ont conclu en 2003 : "[...] le mercure est un toxique polyvalent agissant à différents niveaux du métabolisme cellulaire, l’amalgame doit [donc] être considéré comme un matériau non adapté aux soins dentaires. Cela est d’autant plus vrai que des alternatives tout à fait indiquées et moins toxiques existent. [...] Pour des raisons médicales, l’amalgame devrait être supprimé des soins dentaires dès que possible."
- Les risques liés au mercure dentaire : une certitude incontestable
Il est scientifiquement admis et non contestable que le mercure des amalgames est en grande partie inhalé (sous forme de vapeurs) et absorbé (à 80%), qu’il s’accumule dans le cerveau où il exerce ses effets neurotoxiques pendant de longues années, qu’il traverse la barrière placentaire puis s’accumule dans les organes de l’embryon puis du fœtus (dont le cerveau en développement) et qu’il passe ultérieurement dans le lait maternel, ceci étant corrélé au nombre d’amalgames : le mercure dentaire est de loin la principale source de contamination mercurielle dans les pays développés. Or actuellement il ne paraît pas possible de définir un niveau d’exposition au mercure sans risque. D’ailleurs plusieurs scientifiques internationaux ont pu mettre en évidence que le mercure libéré des amalgames semble être l’un des facteurs étiologiques majeurs de maladies neurodégénératives comme par exemple la maladie d’Alzheimer, et qu’il pourrait de plus intervenir dans l’aggravation de diverses maladies auto-immunes, de certaines maladies psychiatriques, de certaines formes d’autisme, …
- Les réactions au rapport du SCENIHR
Les citoyens européens ont été invités à donner leur avis sur ce pré-rapport avant le 22/02/08 en répondant à un questionnaire en ligne. Etant donné la gravité de ce problème de santé publique, plusieurs scientifiques ont répondu au questionnaire du SCENIHR, et certains ont même rédigé une critique très argumentée du rapport européen[8]. Malheureusement, à l’instar de ce qui s’était déjà produit lors du premier appel à contribution, les différentes réponses envoyées au SCENIHR (tout comme au SCHER) n’ont pas été rendues publiques.
Il s’agit maintenant de porter à la connaissance de tous les citoyens dont les responsables politiques européens les éléments de ce dossier de santé publique, afin qu’ils ne laissent pas la Commission européenne prendre sa décision dans une complète opacité, à partir d’une expertise partiale sans rapport avec les connaissances scientifiques actuelles.
L’impact majeur que cette décision aurait sur la santé des européens justifie de ne pas la laisser au bon vouloir de la profession dentaire, retenue en dépit de toute déontologie comme seule juge et partie dans cette expertise officielle : cela constituerait un véritable déni de démocratie sanitaire.
[2] Scientific Committee on Emerging and Newly Identified Health Risks
[3] Scientific Committee on Health and Environmental Risks
[4] International Academy of Oral Medicine and Toxicology (http://www.iaomt.org/)
[7] Berlin M. Mercury in dental-filling materials – an updated risk analysis in environmental medical terms. An overview of scientific literature published in 1997-2002 and current knowledge. 2003
[8] Ces contributions sont à lire sur les sites suivants : AKUT asbl Mercury Madness
